Trois questionnaires standardisés sont aujourd’hui considérés comme des références pour évaluer le risque de chronicisation d’une lombalgie : le STarT Back Screening Tool, le questionnaire Örebro (Orebro) et le FABQ. Conformes aux recommandations HAS sur la lombalgie commune, ils permettent d’identifier les patients à risque dès la phase aiguë et d’orienter la prise en charge. Cet article présente leurs principes, leurs scores et leurs limites.
Pourquoi évaluer le risque de chronicisation ?
Près de 80 % des adultes connaîtront un épisode de lombalgie au cours de leur vie. La majorité guérit en quelques semaines, mais une minorité voit la douleur persister au-delà de trois mois — la fameuse lombalgie chronique, qui peut devenir invalidante. Repérer précocement les facteurs de risque (les « drapeaux jaunes » psychosociaux) permet d’adapter la prise en charge et d’éviter cette évolution défavorable.
Les recommandations HAS sur la lombalgie commune valorisent plusieurs outils standardisés à utiliser en consultation. Voici les trois plus utilisés en France.
Le STarT Back Screening Tool
Développé à l’université de Keele (Royaume-Uni), le STarT Back est un auto-questionnaire court (9 items seulement) qui permet de classer rapidement le patient lombalgique en trois niveaux de risque : faible, moyen ou élevé.
Les 9 questions du STarT Back
Les items couvrent les dimensions clés associées à la chronicisation :
- Douleur irradiant dans la jambe au cours des deux dernières semaines
- Douleur ressentie ailleurs (épaule, nuque) au cours des deux dernières semaines
- Limitations dans la marche sur de courtes distances
- Difficultés à s’habiller
- Croyance que l’activité physique est dangereuse pour le dos
- Pensées anxieuses persistantes liées à la douleur
- Sentiment que la douleur est insupportable
- Persistance de la douleur la plupart du temps
- Impact global sur la qualité de vie
Interprétation des scores STarT Back
- Risque faible (score global ≤ 3) : évolution probablement favorable, conseils simples et rassurance.
- Risque modéré (score ≥ 4 mais sous-score psychosocial < 4) : prise en charge active recommandée, kinésithérapie ciblée.
- Risque élevé (score ≥ 4 et sous-score psychosocial ≥ 4) : approche multidimensionnelle incluant la dimension psychosociale.
Le questionnaire Örebro (Orebro) (OMPSQ)
L’Örebro Musculoskeletal Pain Screening Questionnaire (OMPSQ), aussi appelé questionnaire Orebro, développé en Suède dans les années 1990, est probablement l’un des outils les plus étudiés en médecine physique. Il existe en version longue (25 items) et en version courte (10 items, plus utilisée aujourd’hui).
Que mesure le questionnaire Örebro (Orebro) ?
L’Örebro évalue plusieurs dimensions psychosociales prédictives de chronicisation :
- Intensité actuelle et antérieure de la douleur
- Fonctionnement dans les activités quotidiennes et au travail
- Croyances de peur-évitement et catastrophisation
- Impact émotionnel (anxiété, humeur)
- Attentes de récupération et de reprise du travail
Interprétation du score Örebro
Chaque item est coté sur une échelle numérique. Les scores sont additionnés pour obtenir un total. Selon la version utilisée :
- Version longue : un score supérieur à 49 sur 100 est associé à un risque élevé de chronicisation et de difficultés de retour au travail.
- Version courte (10 items) : seuils adaptés selon la traduction française validée.
L’Örebro est traduit et validé en français. Plusieurs publications scientifiques en accès libre détaillent son utilisation en pratique clinique.
Le questionnaire FABQ
Le Fear Avoidance and Beliefs Questionnaire (FABQ) est un auto-questionnaire spécifiquement conçu pour évaluer les croyances de peur-évitement chez les patients lombalgiques. Il comporte 16 questions réparties en deux sous-échelles distinctes :
- FABQ Physique (4 items) : peur que l’activité physique aggrave la douleur
- FABQ Travail (7 items) : peur que le travail aggrave la douleur ou compromette la guérison
- Items de validité (5 items)
La version française a été développée par le service de rééducation de l’hôpital Cochin et reste aujourd’hui une référence française pour l’évaluation des croyances dans la lombalgie.
Pourquoi évaluer la peur-évitement ?
Les croyances de peur-évitement sont aujourd’hui reconnues comme un facteur majeur de chronicisation. Un patient qui pense que « bouger est dangereux » tend à limiter ses activités, ce qui entretient la déconditionnement musculaire et amplifie la douleur. Le FABQ permet de quantifier cette dimension et d’orienter vers une prise en charge éducative et active.
Comment utiliser ces questionnaires en pratique ?
Les recommandations actuelles convergent sur plusieurs principes :
- Utiliser ces outils précocement, dans les premières semaines de l’épisode douloureux, pour avoir une valeur prédictive utile.
- Combiner les approches : un seul questionnaire ne capture pas toute la complexité d’une lombalgie. Le STarT Back est rapide pour le triage initial, l’Örebro et le FABQ permettent un approfondissement.
- Adapter la prise en charge selon le risque identifié : rassurance et conseils simples pour les risques faibles, rééducation active pour les risques modérés, approche multidisciplinaire (kinésithérapie + soutien psychologique) pour les risques élevés.
- Réévaluer dans le temps : les scores peuvent évoluer rapidement avec une prise en charge adaptée.
Limites à connaître
Ces questionnaires sont des outils d’aide à la décision, pas des tests diagnostiques. Quelques limites importantes :
- Ils ne détectent pas les « drapeaux rouges » (causes infectieuses, fractures, tumeurs) — ces situations nécessitent un examen clinique complet et des examens complémentaires.
- Les scores sont probabilistes : un score élevé ne garantit pas la chronicisation, et un score bas ne l’exclut pas.
- L’adaptation culturelle compte : les versions françaises ont fait l’objet de validations spécifiques.
- Ils ne remplacent jamais l’entretien clinique et la connaissance du patient dans sa globalité.
À retenir
Le STarT Back, l’Örebro et le FABQ sont les trois questionnaires de référence pour évaluer le risque de chronicisation d’une lombalgie en France, dans la lignée des recommandations HAS. Leur usage combiné permet une stratification fine et oriente vers une prise en charge personnalisée. Si vous souffrez de lombalgie aiguë, parlez de ces outils à votre médecin traitant ou à votre kinésithérapeute : ils pourront les utiliser dans le cadre d’une évaluation globale et d’un projet de soin adapté.
Pour aller plus loin, consultez aussi notre article sur la neurophysiologie de la douleur lombaire, qui explique les mécanismes biologiques sous-jacents à la chronicisation.